Maria Curie Skłodowska
Maria Skłodowska Curie

L’enfance et la jeunesse en Pologne

Elle est née a Varsovie rue Freta 16, le 7 novembre 1867.  Sa mere Bronisława née Boguska venait d’une famille noble, elle était institutrice et propriétaire d’une pension pour jeunes filles rue Freta 16. Le pere Władysław Skłodowski, noble lui aussi, enseignait les mathématiques et la physique dans le secondaire. A part Maria, la plus jeune, les Skłodowski avaient encore quatre enfants : Zofia morte adolescente, Bronisława (nom marital Dłuska, médecin, fondatrice du sanatorium pour tuberculeux a Zakopane), Józef (médecin-chef d’un des hôpitaux de Varsovie) et Helena (nom marital Szalay, institutrice). Apres la mort (de tuberculose) de la mere en 1878, c’est le pere qui éleve les enfants. Dans la famille on cultive les traditions patriotiques, d’abord romantiques, puis positivistes. Les jeunes Skłodowski sont nourris de la poésie de Mickiewicz, Słowacki, Krasiński. Apres, c’est Orzeszkowa, Prus et Świętochowski avec leur travail positiviste organique, qui deviendront leurs modeles.

En 1877 Maniusia, comme on l’appelait dans la famille, commence ses études dans la pension privée de Jadwiga Sikorska, rue Marszałkowska a Varsovie. Six ans plus tard, elle obtient la médaille d’or pour ses résultats et elle termine le College gouvernemental. Maria s’accorde alors une année sabbatique en visitant les terres de sa famille et en recouvrant ses forces fragilisées par les études épuisantes et des problemes personnels. En 1844  a Varsovie Marie s’inscrit a l’illégale Université volante spécialisée principalement dans les sciences biologiques et sociales. Elle renouvellera cette expérience en 1889.

La jeune Maria est universellement douée : elle parle cinq langues, s’intéresse a la sociologie, a la psychologie, aux sciences exactes, elle dessine bien. Elle reve pourtant de faire des études de sciences exactes a la Sorbonne. Les études a l’étranger étaient alors une nécessité pour les jeunes filles polonaises car a l’époque des partages, elles n’étaient admissibles a aucune université. Les études a la Sorbonne sont toutefois payantes ; Władysław Skłodowski n’est pas en mesure de les finanser pour ses filles. Maria et Bronisława passent donc un accord, d’abord c’est l’aînée Bronisława qui part a Paris faire des études de médecine, Maria l’aidant financierement avec son salaire de gouvernante. Apres, ce sera au tour de Bronisława d’aider sa sour cadette. Dans les années 1886-1889 Maria Skłodowska travaille comme gouvernante dans la propriété de Szczuki appartenant aux Krasiński ou elle dispense l’enseignement aux enfants des gérants, les Żorawski. Elle organise également une petite école pour les enfants de la campagne a qui elle enseigne le polonais et l’algebre en réalisant les idéaux du positivisme. Cette activité illégale peut etre passible d’une peine de déportation. Pendant le séjour a Szczuki, Maria tombe amoureuse du fils Żorawski Kazimierz, étudiant en mathématiques. Kazimierz qui l’aime aussi a l’intention d’épouser Maria, ses parents voient pourtant leur union comme une mésalliance. En 1889 Maria humiliée et amere quitte Szczuki et retourne a Varsovie. Une année plus tard elle entre pour la premiere fois dans un laboratoire, c’est au musée de l’Industrie et de l’Agriculture. La, toute seule ou guidée par son cousin Józef Boguski, chimiste et assistant de Mendelejew, ou encore par Napoleon Milicer, elle se fraie un chemin a travers les problématiques de l’analyse chimique.

Paris – les études, la vie adulte

En novembre 1891 les reves de Maria se réalisent. Elle part pour Paris ou elle s’inscrit a la faculté des mathématiques et de la biologie de la Sorbonne. Elle y est une des rares filles. Maria habite d’abord chez sa sour Bronisława et son mari Kazimierz Dłuski. Ils entretiennent des contacts proches avec des Polonais de Paris, ils comptent par exemple parmi leurs amis Ignacy Jan Paderewski, a l’époque pianiste débutant puis virtuose et premier ministre de la République polonaise. Maria participe a ses premiers concerts parisiens ; elle prend part également aux spectacles patriotique polonais. A partir de 1892, elle habite seule en subvenant a ses besoins. Un an plus tard elle termine ses études et obtient la licence des sciences physiques avec la mention « tres bien » (un an apres, elle obtiendra la licence des sciences mathématiques avec la mention « assez bien »). Avant de terminer ses études, Maria travaille pour la Société de la promotion de l’industrie national en France en menant des recherches dans le domaine du magnétisme de l’acier.
En 1895 elle fait la connaissance de Pierre Curie, grand espoir de la physique française qui apres quelques mois a peine lui demandera sa main. C’est une décision difficile pour une personne comme Maria, de laisser la famille, le pere vieillissant, et surtout de quitter le pays...

Dans un an, en juillet 1895, Maria Skłodowska sera déja Madame Curie. Elle ne renoncera pourtant jamais a ses racines, ses origines, a sa patrie ni a son nom. Elle signera selon la coutume française Madame Pierre Curie, Madame Marie Curie, Madame Curie-Skłodowska. C’est le nom de Marie Curie qui figure sur le diplôme du prix Nobel de physique obtenu en 1903 avec Pierre Curie et Henri Becquerel. En revanche, sur le diplôme de 1911 lorsqu’elle se voit décerner, a elle seule, le prix Nobel de chimie, est inscrit le nom de Marie Skłodowska-Curie. Elle entretient toujours des relations avec la Pologne, elle y retourne plusieurs fois et ce sont des voyages aussi bien professionnels que privés. Par exemple en 1899 elle vient avec Pierre pour lui montrer Varsovie et Zakopane ; ils atteignent ensemble le plus haut sommet des Tatras polonaises, Rysy. En 1911, elle fait de la marche dans la montagne avec ses filles. Les Tatras sont pour Marie l’incarnation de l’indépendance, il n’y a que la, dans la haute montagne, qu’elle peut respirer l’air libre dans un pays qui pourtant n’existe sur aucune carte. Elle y reviendra encore et encore ; c’est ici que la petite Eve Curie apprendra a monter a cheval
En 1897 naît la fille aînée des savants, Irene. Elle aussi, elle deviendra chercheuse et en 1935 obtiendra avec son mari Frédéric Joliot, le prix Nobel de chimie pour la découverte du phénomene de radioactivité artificielle. Sept ans plus tard, Marie mettra au monde une autre fille, Eve ; elle deviendra pianiste, auteure de la biographie de sa mere, correspondante de guerre.

Pierre et Marie Curie travaillent ensemble dans une vieille baraque transformé en laboratoire, cédée par la direction de l’Ecole de physique et de chimie industrielle ou Pierre a un poste. Marie choisit le sujet de sa these de doctorat ; il concernera la radioactivité de l’uranium étudiée auparavant par Henri Becquerel. En juillet 1898 le couple découvre le premier élément chimique radioactif appelé polonium, en l’honneur de la patrie de Marie pour, en décembre de la meme année, annoncer au monde la découverte du radium. Une nouvelle ere commence, le monde devient fou, la publicité vante les mérites de ce remede miraculeux censé prolonger la jeunesse et garantir une longue vie. Pierre et Marie qui n’ont pas breveté leur découverte, continuent d’étudier le radium et tentent d’en obtenir a l’état pur, loin de la « folie radium ».

En 1903 Marie soutient sa these de doctorat ; en décembre de la meme année, avec son mari et Henri Becquerel elle obtient le prix Nobel. Elle devient la premiere femme nobélisée ; elle restera la seule a s’etre vu décerner ce prix prestigieux dans deux domaines scientifiques distinctes.

Le travail avec Pierre et leur vie en commun donne a Marie beaucoup de joie et de satisfaction. Hélas, le 19 avril 1906 Pierre meurt suite a un accident de rue en laissant Marie avec leurs deux filles en bas âge. Apres une période difficile Marie se prend en main, elle est plus taciturne, un peu absente mis elle continue le travail au laboratoire, elle prend soin des enfants. Elle remplace son mari décédé a son poste de chargé de cours de la Sorbonne, et en 1908 elle deviendra la premiere femme professeur de cette université prestigieuse. En 1911 Marie revient en Pologne, a Zakopane ou elle rassemble ses forces apres le scandale qui éclata a Paris suite a sa relation avec Paul Langevin. En décembre de la meme année elle va a Stokholm pour recevoir le second prix Nobel. Dans deux ans elle viendra encore en Pologne pour y ouvrir le premier atelier radiologique qu’elle dirigera épaulée sur place par son éleve, professeur Wertenstein.

A Paris Marie Curie bâtit l’Institut de radium, une moderne institution médicale de recherche, avec un vrai laboratoire parfaitement équipé. Le Premiere guerre mondiale éclate, c’est la mobilisation. Marie est consciente qu’elle doit fermer l’institut, cacher le radium ce qu’elle fait personnellement en l’emportant a Bordeaux. Pourtant elle ne peut pas rester inactive, c’est contre sa nature. Grâce a sa persévérence elle réquisitionne des voitures, les équipe en générateurs des rayons X et organise des stations mobiles. Au front et a la frontiere franco-belge elle forme le personnel médical. Grâce a son travail des milliers de soldats peuvent se faire extraire des éclats d’obus au lieu de se faire amputer. Ce travail dangeureux lui laissera néanmoins de graves séquelles. Apres la guerre Marie Skłodowska-Curie revient a Paris ou l’Institut de radium recommence a fonctionner normalement. Des boursiers du monde entier viennent dans son laboratoire ; elle veille a ce qu’il y ait parmi ceux-ci le plus de Polonais possible en soutenant de cette façon la science polonaise qui renaît apres avoir retrouvé l’indépendance. Marie Skłodowska-Curie représente la cause polonaise a la Ligue des Nations ou elle siege depuis 1922 en tant que présidente de la Commission de la collaboration internationale.

Elle fait de nombreux voyages a l’étranger dont deux tres significatifs aux Etats-Unis, en 1921 quand elle collecte l’argent pour équiper son institut a Paris en radium et appareils de laboratoire, et en 1929 quand elle collecte des fonds pour la construction et équipement d’un institut de radium a Varsovie. Elle reve que les Polonais puissent avoir le laboratoire et l’hôpital aussi moderne que celui ou elle travaille a Paris.
Ce reve commence a s’accomplir en 1925 : en juin elle vient a Varsovie et ouvre le chantier de l’Institut de radium rue Wawelska. Dans sept ans elle y reviendra pour l’inauguration solennelle de l’Institut ; hélas, ce sera son dernier séjour au pays.
En 1934 Marie Skłodowska-Curie a 67 ans, elle est malade, fatiguée mais toujours active. Elle écrit un nouveau livre, travaille a l’Institut de radium, fait des projets. Mais la maladie avance. En juin, avec un vague diagnostic de maladie de poumons, elle va en compagnie d’Eve dans un sanatorium alpin de Sancellemoz. La, le 4 juillet 1934, elle meurt de la lycémie.

Marie est enterrée a Sceaux pres de Paris, aux côtés de son mari Pierre. Il n’y a que la famille la plus proche qui assiste a la cérémonie, extremement modeste. Les savants y reposent jusqu’en avril 1995, leurs dépouilles sont alors transférées au Panthéon. Marie Skłodowska-Curie est la seule et unique femme honorée ainsi pour ses mérites scientifiques, et l’unique personne qui repose au Panthéon sans etre française d’origine.

Marie Skłodowska-Curie fréquentait les plus grands savants de son temps et était la seule femme a participer aux conférences de Solvay : c’était les rencontres des physiciens de la trempe d’Einstein, Bohr, Rutherford, Planck. Apres sa mort c’est justement Albert Einstein avec qui il lui est arrivé de se promener dans les Alpes qui écrivit, dans un bel essai, qu’elle était le seule etre non perverti par la gloire qu’il lui fut donné de connaître.